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    L’ermitage saint-Joseph. Essai de synthèse

     

         Cet article comprend deux volets et s’intéresse à l’ancien ermitage st. Joseph dont il ne reste aujourd’hui plus que quelques pierres éparses sous le couvert forestier. La première partie se veut être une petite synthèse des travaux existants et connus, la seconde évoque d’une manière plus anecdotique l’autel et la cloche de la chapelle et l’un des derniers ermites du lieu : François Maulard dit frère Hilarion. A cela s’ajoutent quelques points de détails glanés au gré des recherches.

     

              Essai de synthèse des travaux existants

     

              Il est assez surprenant de constater qu’au XIXème siècle deux « monuments » de l’histoire de la Haute-Marne aient négligé ce lieu :

     

              - Emile Jolibois (1) : p. 246 ... sans autre écart que l’ancienne chapelle st. Joseph.

     

              - L’abbé Roussel (2), curé d’Ozières, ancien curé de Neuilly-sur-Suize, ancien missionnaire : p. 50 ... Il y avait sur le territoire une chapelle rurale dédiée à st. Joseph ; elle était située près de la ferme du même nom.

     

              Il faudra attendre la première moitié du XXème siècle pour voir apparaître un petit livret d’une dizaine de pages consacré à l’ermitage st. Joseph par Louis Bossu (3). Cette étude sera reprise par Camille Lomon (4) agrémentée de quelques photos datant vraisemblablement des années 1950 / 1960.

     

    Louis Bossu : Parmi les ermitages de la région du Bassigny – Barrois, le plus pittoresque était sans contredit l’ermitage élevé jadis sur le territoire d’Harréville sous le vocable de st. Joseph. Placé sur un promontoire rocheux à pic, à l’ouest, sur la vallée de la Meuse, au nord sur un profond ravin, cet ermitage, campé comme un nid d’aigle sur ses escarpements, jouissait d’une vue admirable sur la vallée et sur les vastes plateaux regagnant Liffol-le-Grand . ­[...]

              Un grand clos entourait l’ermitage et le domaine rural s’étendait au midi entre les bois de Sartes, Goncourt, Sommerécourt et Harréville. Les bâtiments se composaient d’une chapelle accolée à la maison des ermites et aux engrangements nécessaires à l’exploitation du domaine...

     

              Dans les années 1920 – 1925, l’ermitage n’est plus qu’un rendez-vous de chasse et une plantation de sapins a recouvert le sol aride, aux récoltes minables, incultivable à des moins patients qu’aux ermites.

     

              Louis Bossu émet l’hypothèse qu’à l’origine il y aurait eu à l’emplacement de l’ermitage un castellum romain ou une sorte de poste d’observation, de surveillance de la vallée de la Meuse auquel a dû succéder une construction ou tour féodale qui se serait appelée « Château Rigauld » (sans citer ses sources). La mémoire orale de cet édifice, s’il a existé, s’est éteinte. Il n’en reste aucune trace dans les noms de lieux-dits. Pour appuyer son hypothèse, il évoque la découverte (sans citer ses sources, ni l’époque) dans les ruines de la chapelle de frises de style ogival qui tendraient à prouver que là s’élevait une construction de la fin du XIIIème ou du début du XIVème. Cependant toute trace de cette frise semble avoir disparu. Il était naturel de penser que le prieuré bénédictin d’Harréville, dépendance du monastère de st. Mihiel [...] devait être possesseur ou patron de cet établissement. (Pas d’archives connues).

     

              L’auteur pense que st. Joseph doit son origine à un établissement de Templiers à cause d’une transaction faite en janvier 1227 entre le prieuré d’Harréville et les Templiers au sujet des dîmes que ces derniers payaient au prieur (d’après le cartulaire de st. Mihiel aujourd’hui disparu mais rappelé par Dom de l’Isle p132 in Histoire de la célèbre et ancienne abbaye de st. Mihiel.)

     

    Création de l’ermitage. La cloche de la chapelle dont il sera question dans la seconde partie, a été fondue, baptisée et installée en 1691. Il n’y a pas de trace de ce baptême à Harréville (peut-être à Pompierre). Le premier soin des ermites réguliers (qui observaient une règle)était de faire poser et bénir une cloche peu après leur prise de possession de l’ermitage. C’est ce que nous voyons en 1689 à l’ermitage de Jainvillotte.

              On sait que le XVIIème siècle a connu une période d’éclosion de la plupart des ermitages de la région. Il est probable que lors de la pose et de la bénédiction de cette cloche, l’ermitage était déjà occupé par une congrégation régulière d’ermites, celle de st. Antoine, dont l’existence est régulièrement constatée 23 années plus tard. [...] Le 14 juillet 1714, en effet, les définiteurs*des quatre districts de la congrégation obtiennent sur requête du duc Léopold la permission d’exécuter les statuts de la congrégation des ermites de st. Antoine au diocèse de Toul et parmi eux, le frère Alexis, ermite de st. Joseph et définiteur du district de Bourmont (cf Institut des ermites du diocèse de Toul. Neufchâteau, imprimerie Monnoyer 1767) [ouvrage non trouvé, donc non vérifié. Voir aussi les notes bibliographiques annexes à la fin de l’article].

     

    Définiteur : Celui qui, dans un ordre religieux, assiste le directeur dans l’administration des affaires de l’ordre.

     

              On peut s’arrêter un instant sur st. Antoine. Il aurait vécu de 251 – 356 en Egypte et fut surnommé Antoine le Grand. Ce fut le père des moines d’Orient et d’Occident, tout autant promoteur et d’une joyeuse confiance et purification en Dieu que géant de la sainteté [...] affronté aux diableries légendaires. (5)

     

              Parmi les ermites connus et qui se sont succédés à st. Joseph, Louis Bossu cite :

    - Premier solitaire connu : frère Alexis en 1718.

     

    - Claude Burn né à Mauvages (Meuse)  en 1700 et décédé à l’ermitage de st. Joseph le 20 novembre 1740. Il fut inhumé le lendemain sous les dalles de la chapelle, dit son acte de sépulture, en présence de deux ermites comme l’atteste le document ci-dessous (avant-dernier article, page de droite).

     

     

    ad52_edepot00710_01_0158

     

    Transcription.

     

    L’an mil sept cent quarante Claude Burn agé denviron quarante ans natif de mauvage

    hermite dant (= demeurant) a lhermitage de st. Joseph paroisse de hareville y est decedé le vingt novembre

    apres avoir recu (saintement ??) labsolution et l’extreme onction, et a eté inhumé le vingt un du meme

    mois dans la chapelle dudi hermitage du coté gauche par moi soussigne en pnce (= présence)

    de deux hermites   Le Masson cure de hareville

     

    - Le 29 avril 1755, il est remplacé par frère Dorothée et frère Colomban décédés tous deux de mort violente :

              * Dorothée Vinot noyé accidentellement dans le Mouzon sur le territoire de Pompierre.

              * Claude Garette dit frère Colomban resta jusqu’en 1763 à st. Joseph puis fut transféré à l’ermitage d’Offrécourt où il fut assassiné en 1785.

     

    - Frère Hilarion est arrivé à st. Joseph en 1763 où il devait rester jusqu’en 1793. Louis Bossu (repris par Camille Lomon) indiquent qu’il s’appelait Prudent Antoine né à Harréville le 16 février 1734. Cette personne a effectivement existé et apparaît dans le registre des naissances à la date indiquée mais il ne devint pas frère Hilarion qui se nommait François Maulard et n’était pas né à Harréville.

     

    - Le 25 vendémiaire an IV (17 septembre 1795) la chapelle et le domaine st. Joseph sont vendus comme Bien National à Simon Renard, marchand à Goncourt pour 32 200 livres. Il aurait conservé à l’ermitage frère Hilarion dont on a perdu par la suite la trace. Puis ce fut frère Roy, natif de Gonaincourt qui occupa les lieux un certain temps. Les deux religieux faisaient, en quelque sorte, office de gardiens de la nouvelle propriété de Simon Renard.

     

    - L’ermitage passa ensuite de main en main. En 1901, un incendie détruisit tous les bâtiments d’habitation et de culture. Un géomètre de Goncourt, Salmon, racheta le domaine et fit reconstruire les bâtiments anciens sur les fondations mêmes et sur les restes des murs et en fit un rendez-vous de chasse. Les guerres, le vandalisme, le temps, la végétation, l’indifférence ont eu raison des derniers vestiges qui emportent lentement avec eux la mémoire des lieux.       

     

    Bibliographie.

     

    1) Jolibois Emile, La Haute-Marne ancienne et moderne. Office d’édition du livre d’histoire. Paris 1995 (réédition). AD52 GF 707 (en salle de lecture).

     

    2) Roussel, Département de la Haute-Marne. Dictionnaire historique des communes. Res Universis 1992. (1ère édition 1875). AD52 GF 1103 (en salle de lecture).

     

    3) Bossu Louis, L’hermitage (sic) de st. Joseph à Harréville. Paris Auguste Picard. Edition 1927. AD52 32 Rev 22.

     

    4) Lomon Camille, Harréville-les-Chanteurs et le prieuré Saint-Calixte – Poussières du passé. Imprimerie Christmann, Essey-lès-Nancy 54 270, 2ème trimestre 2001.

     

    Notes bibliographiques annexes : A propos des ermites du diocèse de Toul, quelques sites internet offrent des pistes qui peuvent être intéressantes :

              AD54 à Nancy, série H 2352. Ermites diocèse de Toul, congrégation des ermites de st. Antoine.

     

              Inventaire général du patrimoine culturel. Région Lorraine. Eugène Martin. Les ermites du diocèse de Toul. Essai historique 1928, 50 pages. Période 10ème – 17ème siècle.

     

              L. Marchal, Revue d’histoire. Chronique d’histoire régionale de l’Eglise. Semaine religieuse du diocèse de Toul. 65ème année, 1928. Il cite Eugène Martin : L’auteur étudie ici les congrégations d’ermites [...] la congrégation de st. Antoine, fondée par Michel Legrand et approuvée par trois vicaires capitulaires de Toul, en 1676, qui s’inspire des règles de la congrégation de st. Jean-Baptiste fondée en 1630 par P. Michel de ste Sabine et qui compta près de 30 ermitages. Les deux congrégations fusionnèrent en 1772 et s’éteignirent en 1832.

     

    5) Revue Missi n° 438, avril – mai 1981.

                                                                                  Marcel Frantz


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