• L'ALIMENTATION A HARREVILLE AU XVIIIème SIECLE

     

    L’alimentation au XVIII ème siècle à Harréville (partie 1)

     

     

               La lecture du registre municipal de Harréville à l’époque révolutionnaire et d’une manière plus étendue au XVIIIème siècle peut s’avérer plus ou moins fructueuse selon l’angle abordé. Si on s’intéresse par exemple à la nourriture, on ne trouvera aucune recette, aucun inventaire alimentaire car ce n’est pas l’objet d’un tel registre. Des éléments épars existent cependant et une lecture relativement fine et sélective fait apparaître un faisceau de données qui peuvent être exploitées pour effectuer des déductions pas trop hasardeuses sur l’alimentation des villageois de cette époque. Certaines denrées sont nommées, d’autres suggérées dans des inventaires après décès par exemple. Le recours aux études spécifiques s’avère cependant nécessaire car, outre les informations qu’elles contiennent, elles servent également de fil conducteur. Ainsi trouve-t-on par exemple les indications suivantes dans le lexique historique de la France d’Ancien Régime (1) : Toutes les sources indiquent la place importante des céréales dans l’alimentation populaire sous la forme de pain, bouillie ou galette. Ernest Labrousse estime qu’au XVIIIème siècle les dépenses pour le pain absorbent la moitié du budget populaire ; qu’en 1726-1741, 39% du salaire journalier agricole sont consacrés à l’achat de pain et de seigle, ou 30% s’il s’agit de pain sarrazin.

               Des études plus fines font état de la diversité des céréales :

    - Les blés (bleds) ou gros grains : froment, épeautre, seigle, méteil (froment + seigle), maïs (ou bled d’Inde ou bled de Turquie), sarrasin, millet.

    - Les petits blés ou trémois (parcequ’ils demandent trois mois pour arriver à maturité) : avoine qui sert à nourrir les chevaux et dont on fait un pain lourd et indigeste en temps de disette, l’orge (ou panelle en Picardie).

    Comme les autres peuples européens, les Français, surtout dans les milieux populaires, continuent à se nourrir de soupes grossières et de bouillies faites de céréales. (1)

    Le pain : La cuisinière lorraine a toujours pétri beaucoup de farine pour façonner pain et gâteaux, tartes et pâtés. Le pain tenait une place essentielle dans la ration quotidienne d’un élève de collège ou d’un militaire vers 1850 (environ 600 grammes par jour !) (2)

    Autres usages des céréales d’après Guy Cabourdin (3). On en faisait des soupes ou bouillies (farine + lait + quelques légumes + lard + œufs + aromates...) selon ce dont on disposait. Aux enfants, on donnait le papin (nom enfantin de la bouillie de farine) –popet à Pontarlier-.

    Les Lorrains d’autrefois étaient très friands de tourtes et de pâtés, frits dans du beurre, avec toutes sortes de viandes, oisillons, grenouilles, poissons...

    Voilà pour les généralités au XVIIIème siècle en France et en Lorraine. Si on considère la commune de Harréville, on retrouve bien évidemment ce souci constant des cultures des céréales communément appelées « bleds ». Le mot « méteil » est utilisé quelquefois, mettant en évidence la culture de froment et de seigle. Les autres céréales apparaissent occasionnellement sous la plume du greffier. L’importance des céréales devient primordiale lors des réquisitions à la fin de 1793.

    - Le 1er septembre 1793, le district de Bourmont demande 20 rézaux de bleds (soient 36 quintaux ou 42,4 hl) pour les besoins de l’armée.

    - Le 31 octobre 1793, Prudent Antoine déclare 1900 gerbes d’orge.

    - Le 14 décembre 1793, la commune estime à 8400 gerbes d’avoine (soient 300 quintaux) la récolte sur le territoire, quantité jugée insuffisante pour les besoins personnels.

    - Le 19 décembre 1793, le Directoire de Bourmont réclame 8 quintaux de bled et 4 d’orge.

    Il est inutile de multiplier les exemples pour montrer l’importance des céréales dans l’alimentation. Outre les céréales, la population disposait d’autres produits : viandes, laitages, fruits et légumes.

    Les viandes

    a) Le porc : La présence de ces animaux n’est pas évoquée. Ils n’ont d’ailleurs pas leur place dans un registre municipal, pas plus que les chiens et les chats. On relate cependant un porc dans la maison de feu Claude Chaudron le 29 décembre 1762. De même, l’inventaire du 8 janvier 1757 de la maison de feu monsieur Bourgon (une personne relativement aisée) épingle la présence de 3 chaudières de fonte tant petites que grandes. Une chaudière était un chaudron destiné à faire chauffer la nourriture pour le bétail, celle des porcs en particulier (Marcel Lachiver) (4)

    L’animal était bien évidemment élevé et engraissé par certains villageois mais il est impossible de se faire la moindre idée sur le nombre de porcs dans la commune.

    b) Autres animaux : Les archives communales font mention à plusieurs reprises de location d’un pâtre à l’année pour garder le troupeau de bêtes rouges (bovins) et des chèvres du village. Leurs propriétaires disposaient donc de viande sur pied avec les produits laitiers et les naissances qui en découlaient. Outre les bovins, on signale aussi des moutons en assez grand nombre et toutes les volailles. Les inventaires après décès relatent la présence d’animaux dans les « écuries » du moins chez les plus aisés.

    - 8 janvier 1757, maison de feu monsieur Bourgon : une vache, deux chèvres, quinze brebis.

    - 11 novembre 1762, maison de feu Claude le jeune : une vache, six chèvres

    - 29 décembre 1762, maison de feu Claude Chaudron : trois mauvais petits chevreaux, deux vaches, un petit bouvillon, une petite génisse, huit brebis / agneaux.

    - 26 février 1773, maison de feu Barbe Simonnot veuve de Nicolas Morel : cinq brebis, deux agneaux, une chèvre, cinq poules.

    A cela, on peut ajouter que gibiers et poissons devaient de temps à autre agrémenter quelques menus quotidiens sans compter les grenouilles, escargots, oiseaux, champignons etc....

    A côté des viandes, comme il a été signalé plus haut, le lait apportait crème, beurre, fromages, les volailles des œufs et on savait accommoder tous ces ingrédients. En effet, les inventaires après décès font état de huches à pétrin, de maies, deux tourtiers (chez la femmes de Claude le jeune), un fer à faire des gaufres (chez feu Claude Chaudron), un petit pot avec environ une livre de beurre fondu et un autre petit pot de terre avec environ une livre de sel (chez feu Jean Dautrey), une demi-livre de beurre fondu (chez feu Nicolas Fayette), une tourtière (chez feu Jean Gauthier en 1762), deux tourtiers (chez feu Claude le jeune en 1762).

    Le jardin : Le jardin potager, domaine surtout féminin, est très rarement cité dans le registre communal, pourtant il existe bien.

    - 12 mai 1794, au cours d’une visite officielle d’une maison qui a été visitée par effraction, on trouve : ... de la cuisine nous ètant transporté au poile (poêle, pièce située derrière la cuisine) donnant jour sur le jardin potagé... On notera l’emploi de l’article défini « le » qui banalise la présence du potager en principe situé derrière la pièce appelée « poêle » et qu’on trouve encore de nos jours au même endroit lorsqu’il s’agit d’une maison ancienne.

    - 23 juin 1790, Louis Odinot possède un rucher a cotté de sa maison dans son jardin potagé....

    - François Messagé possède un jardin fruitier.

             Et la question se pose : que cultivait-on dans le jardin potager ? A peu près ce qu’on trouve actuellement. Bien sûr, le registre est muet. Il faut se contenter de généralités et se référer encore une fois à l’ouvrage de Guy Cabourdin (3) : ... Au début du XVIIème siècle, l’essentiel de la production de légumes était constitué de lentilles (ou nantilles), de pois, navets, artichauts, bettes, oignons, aulx, ciboulette, échalotes, épinards. Le chou cabus était partout. La choucroute (surcroutte < allemand sauer Kraut = chou aigre) apparaît au XVIIIème conservée dans des tonneaux. Les haricots et les carottes, connus au XVIIème ne progressèrent qu’avec lenteur ; on continuait à leur préférer des fèves et des navets.

    Le jardin fruitier. Celui de François Messagé cité plus haut se  trouvait auprès la fontaine St. Germain, et la route qui en fait cloture d’un cotté. (Il s’agit probablement de l’espace occupé par des jardins et l’ancienne usine Masson). François Messagé y possédait au moins un poirier vulguairement applé diorouse. Le terme est intéressant car il ne semble pas être répertorié dans les ouvrages de dialectologie. Mais peut-être existe-t-il toujours pour désigner une variété de poires. (Avis aux connaisseurs). Poires, pommes, cerises, mirabelles, quetsch, il est évident que les fruitiers actuels existaient dans certains jardins du XVIIIème pour la consommation courante crue ou cuite et probablement aussi pour l’alcool qu’on peut en tirer mais de cela, nulle mention. A ces arbres fruitiers, on peut ajouter la vigne mais là encore les renseignements sont maigres :

    - Le 11 juillet 1817, Jean-Baptiste Hubeaux signale fortuitement qu’il possède une vigne assise sur ledit territoire d’hareville dit au champ Gralot ; (Le lieu-dit « Champ Graslot » se trouvait à l’emplacement actuel des pavillons du lotissement « Le Vimont »).

    - Camille Lomon (5) relève p. 50 de son ouvrage un sentier de la vigne dans le même secteur.

    - Le Cadastre Napoléon répertorie deux toponymes : La Vigne en C3 (toujours le même secteur) et Le Vigneux  en C4 – C5 (village et côteaux sud rive gauche).

               On se rend compte, à la lecture des éléments épars contenus dans les registres de la commune que les victuailles ne manquaient pas. Mais ce n’est qu’une apparence car la précarité était omniprésente. Peu de cultivateurs travaillaient pour eux, beaucoup pour des propriétaires avant la Révolution. Il y avait les taxes, les dîmes, les corvées... Une épidémie, un orage dévastateur, une ou plusieurs mauvaises récoltes, une guerre, des réquisitions et la disette était là, le spectre de la famine sans cesse menaçant. Le village peinait à nourrir plus de 600 habitants. La présence des colporteurs, les fameux « chanteurs » de Harréville est un signe qui ne trompe pas. Elle indique que des gens quittaient le village pour tenter de trouver leur subsistance ailleurs avec l’espoir de ramener un peu d’argent au retour en vendant du tissu, des livres, sans doute aussi des images pieuses et autres menus objets. Dans les registres, on trouve de nombreux « marchands » avec ou sans charrette sans aucun renseignement sur ce qu’ils vendaient ou alors d’une manière très fortuite.

     

    Bibliographie :

     

    1. Viard Georges et Cabourdin Guy, Lexique historique de la France d’Ancien Régime. Lexiques U, Armand Colin 1981, p. 13.

    2. Lanher Jean, Taveneaux René, Encyclopédie illustrée de la Lorraine. La vie traditionnelle. Ed. Serpenoise 1989, P.U.N.

    3. Cabourdin Guy, La vie quotidienne en Lorraine aux XVIIème et XVIIIème siècles. Hachette 1984.

    4. Lachiver Marcel, Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé. Fayard 1997.

    5. Lomon Camille, Poussières du passé. Harréville-les-Chanteurs et le Prieuré st. Calixte. Imprimerie Christmann, Essey-lès-Nancy 2001.

    Registres communaux

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