• MESUS ET AUTRES INCIVILITES

     Mésus et autres incivilités...


               Si les quatre articles précédents se sont intéressés à certaines déviances comportementales plus ou poins musclées et percutantes, toutefois fort heureusement rares, il en est d’autres qui faisaient partie quasiment du quotidien des Harrévillois du XVIIIème siècle. Elles consistaient en mésus, abus et autres incivilités provenant parfois de l’ignorance, de l’irrespect du domaine public et privé, parfois de la bêtise épaisse et méchante de certains. Voici quelques exemples choisis qui donnent une petite idée de l’éventail immense des faits et gestes pouvant  polluer, voire empoisonner la vie de tous les jours.


                Le 7 septembre 1790, Claude Antoine l’aîné, manouvrier déclare au greffe des dégâts dans un champ lui appartenant. Le maire, Jean Fouriot envoie deux personnes pour reconnoître quel sont les bestiaux qui <ont>domagé un champ appartenant audit Claude Antoine situé sur Barail (ou Baroille)de la consistance d’environ 3 demi jour (= il fallait un jour et demi pour le labourer). Les deux désignésétant allé sur l’héritage mentionné a la presente recoinnaissance, il ont reconnû qu’il y avait ¾ de terrain ou les javelles* sont domagé entierrement d’autre répandues partout, en conséquence ayant examiné les pas des bestiaux qui ont pu faire ce domage ils n’ont pû reconnaître d’autre pas que ceux de brebis et porcs...

                Les « experts » envoyés sur place n’ont vu que des traces d’animaux (brebis et porcs (ou sangliers ??). Rien ne permet de conclure à un acte d’incivisme ou de malveillance. Cependant, si les traces étaient effectivement celles de moutons, ces derniers appartenaient bien à quelqu’un...


    *Javelles : Poignées de céréales coupées, qui demeurent sur le sol en attendant de sécher, et qu’on lie ensemble par quatre ou cinq pour former une gerbe.



                Le 7 juillet 1791, Jean Dubois a fait un rapport dans lequel il indique qu’entre 8 heures et 9 heures du matin il avait surpris 3 poules et un coq qui paturoient dans un champ de bled [...] au lieu dit au vigneux. Il a chassé les volailles et les a suivies afin d’en connaître le propriétaire. Elles se sont arrétées audevant de la grange de Joseph Lironcourt qui dans ce moment les portes étoient fermées... L’après-midi, il a rencontré ledit Joseph Lironcourt audevant de sa maison, lui auroit dit qu’il avoit repris 3 poules et un coc dans un champ de bled en vigneux [....] ledit Lironcourt a répondû qu’il s’attandoit bien au randage... (= à ce qu’on les lui rende). Ce fait d’une banalité déconcertante met en face Jean Dubois qui signale au propriétaire des poules qu’elles occasionnaient des dégâts dans une parcelle de blé et Jean Lironcourt qui semble s’en moquer éperdument mais demande la restitution des gallinacés, pensant qu’ils avaient été confisqués.


                En avril 1792, François Etienne Fouriot est forestier et bangard (le bangard ou gardien du ban sera appelé garde-champêtre à partir de 1795). Il relève, signale et verbalise tous les contrevenants responsables de divagations animales. Il surprend ainsi le 6 avril 1792, vers 14 heures deux brebis appartenant a Joseph Lamotte et deux appartenant a Nicolas Blanchard paturant a labandon dans un jardin fruitier appartenant a Joseph fouriot.... Ils sont condamnés solidairement à 15 sols d’amende.


                Le 9 avril 1792, vers 15 heures, il voit 9 bêtes à cornes pâturant dans les prey au canton de la may. Il aperçoit la femme d’Antoine Etienne et sa fille qui essaient de faire sortir les animaux du pré et leur demande si elles connaissent le propriétaire. Elles lui répondent négativement. Il les somme alors de laisser les dits bestiaux pour les conduire au greffe afin que le propriétaire vienne les y chercher et payer l’amende. (Il était d’usage de confisquer les bêtes pour obliger les propriétaires à payer les amendes).  Mais les deux femmes s’y opposent en disant que ce n’etoit point encore l’heure que les bestiaux revenoit au village. Pendant ce laps de temps, les bovins étaient sortis du pré et ne se trouvaient plus en infraction. Le bangard a fait noter cette « obstruction » au greffe et Antoine Etienne a été condamné à une livre 10 sols d’amende.


                Le 11 avril 1792, vers 10 heures 30, il ramène à leur propriétaire Jean-Baptiste Habert, deux poulains d’environ 2 ans paturant à l’abandon dans les prey au canton de Prêlle. Il est condamné à 15 sols d’amende.


                Le même jour, vers 13 heures 30, c’est un poulain de 2 ans appartenant à Joseph Frainquenel laboureur qui est surpris paturant a labandon dans les bled dans la Caberna. Il est condamné à 15 sols d’amende.


                Le même jour, vers 18 heures, il ramène 2 bêtes à cornes appartenant à Etienne Henrion et 2 autres appartenant à Félix Messager paturant a labandon dans un champ de bled appartenant a Nicolas Lamotte. Ils paient une amende de 15 sols chacun.


                Le 13 avril 1792, vers 13 heures 30, il surprend l’un des domestiques de Jean-Baptiste Antoine condissant (conduisant) une charrette attellé d’un cheval passant dans deux champs l’un appartenant à Claude Beurlot et l’autre à Nicolas Lironcourt.... Il observe cependant que le domestique avait traversé les champs en bout en longeant la haie et le chemin... Il n’y a pas eu d’amende.


                Le 14 avril 1792, Nicolas habert bangard juré a fait rapport avoir repris cejourd’huy environ 7 a 8 heures du matin, les domestiques de monsieur Thouvenin, maître de forge de Bazoille* y demeurant, passant avec chacun un tombraux, chacun attellé de 2 chevaux depuis la sortie du village à travers les prés pour aller charroyer leur mine, sans avoir pris le chemin ordinaire et ensuitte ils auroient encore passés au travers de 2 champs appartenant à Claude Lembert et sur d’autres aussi inconnûs au comparant.... Il n’y a pas eu d’amende !!


    *Il y avait une fonderie à Bazoilles. Elle se serait trouvée à l’emplacement de l’actuel hangar en contrebas de la route menant de Harréville à Bazoille, à l’entrée de la commune.


                En cinq jours, les bangards ont relevé 7 infractions qui peuvent difficilement être mises sur le compte de la seule négligence ou de l’oubli car ces exemples ne forment qu’un échantillon des mésus et incivilités au quotidien. Il semble que l’attitude assez générale peut se résumer ainsi : « pas vu, pas pris ». Le fait de rappeler régulièrement aux habitants après les vêpres les peines encourues en cas de vol d’herbe en laissant les bêtes pâturer en des lieux interdits, prouve suffisamment que certaines pratiques plus que désinvoltes étaient courantes.



                Du 27 janvier 1768, sur les plaintes de plusieurs habitans de la communauté faite au maire et officiers d’icelle que les cabartiers vendant vin exigent le prix et même qu’ils ne donnent point la mezure.... Autrement dit, on se plaignait que les cabaretiers vendaient leur vin trop cher et on les soupçonnait d’allonger leur vin avec de l’eau. (La mezure désigne tant la quantité de boisson que le taux d’alcool). Les élus se sont donc rendus chez les suspects pour effectuer certaines vérifications : Ensuite ayant gouté le vin de Claude Antoine cabartier au dit lieux lavons taxer a 22 sols le pot. Ensuite celui de Nicolas Gilbert à 22 sols le pot et ensuitte celui de Nicolas pierrot a 22 sols le pot et celui de Dominique Letoffé a 22 sols le pot et celui de françois henrion a 28 sols le pot, finalement celui de charle Garnier aussy cabartier audit lieu setant presenté a son domicil pour avoir du vin pour en faire le tôt (taux d’alcool)lequel a déclaré n’en point avoir et nen plus vendre ce que nous avons pris pour refus....


                Il y avait en 1768 six endroits qualifiés de cabarets (ou débits de boissons) à Harréville !! et apparemment tous vendaient leur vin trop cher et ne respectaient pas la mesure ce qui a provoqué l’ire de certains habitués.


                Et pour clore cet article, voici, recopié dans son intégralité un « coup de sang » de l’adjoint Nicolas Borlot à la suite d’un tapage nocturne et qui montre que sa fonction nécessitait un certain savoir-faire...


                Cejourd’huy 20 janvier 1806 s’est présenté au sécrétariat de la mairie le sr. Nicolas Borlot adjoint de la commune d’haréville ; vu le scandal, les mauvais propos, et la mauvaise conduite que tiennent certaines personnes dans une assemblée qui se fait nocturnement chez le sr. Sébastien Colé demeurant à haréville notament la nuit du 15 jeanvier au 16 présent mois ou il s’est passé des actions très scandaleuses, propres a deranger la tranquilité publique pour obvier à tous ces inconvénians, le sr. Nicolas Borlot fait défense en sa qualité d’officier de police dans la ditte commune d’haréville de tenir aucune assemblée nocturne dans la ditte maison du sr. Sébastien Colé ; faute par ledit Colé à etre poursuivis selon les loix de police ; et être traduit devant le tribunal de police correctionel fait à haréville les jour, mois, et an ci-dessus. N. Borlot


                Le texte ci-dessus, malgré sa sévérité apparente n’est qu’une gesticulation dans le but d’obtenir le calme réclamé par les habitants. Les faits ne sont évoqués qu’en termes généraux (assemblées nocturnes, mauvais propos, mauvaise conduite, des actions très scandaleuses...) On n’en saura pas davantage (soirées alcoolisées ?? propos politiques ??? affaires de mœurs ???) C’est aussi un avertissement pour le seul nommé : Sébastien Colé qui semble être tenu pour responsable de ce tapage nocturne puisque les contrevenants étaient sortis de chez lui !!!


    Sources : - AD52 E dépôt 718

                    - Registres municipaux.


                                                                                               Marcel Frantz

    « INSCRIPTIONS BROCANTECONSEIL MUNICIPAL DU 11 FEVRIER 2011 »

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  • Commentaires

    2
    Nick'ol
    Jeudi 17 Février 2011 à 19:07
    Je connaissais le garde-champêtre qui passait dans les rues d'Harréville en lançant son fameux "avis à la population". Il donnait des informations après avoir frappé son tambour. Un silence "religieux" permettait d'entendre son message énoncé d'une voix claire et forte. Etant enfant, cela ressemblait à une pièce de théâtre.
    J'ai découvert le rôle de ces garde-champêtres dans le livre de Robert Griffon : "Le bedeau de la République". Certains avaient une haute valeur de leur métier. Ils étaient rigoureux mais justes. D'autres pouvaient se laisser corrompre quand ils ne savaient pas refuser plusieurs verres.
    1
    jackline
    Jeudi 10 Février 2011 à 18:42
    Il faudrait bien appliquer la même sévérité et amendes à tous les intervenants à l'Assemblée nationale, les députés, ministres, et autres représentants de la République insultant, et traitant de noms d'oiseaux et autres épithètes ceux qui ne sont pas d'accord avec eux..et le premier de tous ces ministres en tête..! il y a de quoi s'indigner..Pauvre France...
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